Nous vivons dans une société en mutation. Parmi les évolutions de notre société, il en est une qui semble être une avancée majeure : la disponibilité quasi immédiate de l’information. Il suffit de taper sur un moteur de recherche l’item de l’information recherchée pour trouver quasi instantanément une quantité de ressources gratuites et disponibles immédiatement.

Prenons un exemple : vous êtes un photographe débutant et vous aimeriez acquérir quelques connaissances en technique photographique. Il vous suffit de vous rendre sur votre ordinateur et d’y taper quelques mots pour découvrir les sites de photographes professionnels qui dispensent gratuitement quelques conseils avisés, les blogs de passionnés qui proposent aussi des conseils pertinents, ceux des revues spécialisées qui proposent leurs services, etc.… Nous sommes donc dans une société d’abondance, voire de gratuité. De plus en plus de personnes trouvent normal de télécharger gratuitement leur musique sur Internet. Nous trouvons parfaitement normal de découvrir des services autrefois payants qui sont aujourd’hui proposés gratuitement : par exemple les services de synchronisation d’information en ligne, des services de navigation qui vous guide vers votre destination préférée en vous communiquant au passage des informations sur les embouteillages, les accidents, la localisation des zones de danger etc. Dans cet article, je vous propose de vous montrer comment l’abondance peut également être une source de passivité. Mais avant cela, je reviendrai sur la définition de la passivité et sur ses quatre modes d’expression.

Qu’est-ce que la passivité ?

Crédit photo : Jaime.silva

Lorsque l’on parle de passivité, on s’imagine la plupart du temps qu’il s’agit d’un état d’inactivité ou d’inaction durant laquelle la personne attend que les autres la prennent en charge. Les analystes transactionnels ont une autre vision de la passivité. Pour eux les comportements de passivité sont la conséquence de méconnaissances. La méconnaissance se définit comme l’omission inconsciente d’une information utile à la résolution d’un problème. Par exemple lorsque je suis assis à la terrasse d’un café et que je commence à pressentir de l’agacement parce que le serveur ne vient pas me servir, je méconnais ma capacité à interpeller cette personne. Je peux également méconnaître ma compétence à aller passer commande au bar moi-même. Ou encore, ne pas tenir compte du fait que cette terrasse est bondée et que le pauvre serveur y est seul pour servir les quelques 70 personnes qui s’y trouvent. Inconsciemment je fais comme si mon problème n’avait pas de solution. Nous avons constaté que la méconnaissance engendre la passivité. Mais pour nous analystes transactionnels, la passivité peut s’exprimer autrement qu’en étant inactif. Être passif c’est ne pas s’occuper de résoudre mon problème. Et je peux être passif de quatre manières différentes :

  • Ne rien faire. Être dans l’inaction est le mode de passivité le plus évident. La personne qui est dans l’inaction ne fait rien pour résoudre son problème. Même pas réfléchir aux options qui pourraient l’aider à s’en sortir.
  • Se suradapter. Au lieu de m’adapter à la situation en réfléchissant aux options possibles pour sortir de mon problème, je me plie aux exigences des autres.
  • S’agiter. Dans ce type de comportement passif, la personne qui a un problème peut être très active. Mais elle fait des choses qui sont sans rapport avec la résolution de son problème.
  • S’incapaciter ou devenir violent.Ce type de comportement passif résulte d’une accumulation interne d’énergie non dirigée vers la résolution du problème. Cette accumulation finit par exploser soit vers l’extérieur, dans un accès de violence, de cris, d’objets violemment cassés etc., soit vers l’intérieur, en retournant cette énergie contre soi-même et en tombant malade, en s’évanouissant, en commettant des erreurs etc.

Comment l’abondance peut-elle devenir source de passivité ?

NoixLorsque j’ai un problème à résoudre comme par exemple un manque de confiance en moi, une incapacité à sortir de la procrastination, une difficulté à aller au bout de ce que j’entreprends, etc. je peux décider de m’occuper de mon problème et de partir à la recherche d’options pertinentes pour le résoudre. Mais je peux aussi m’illusionner moi-même en entrant dans une des quatre formes de passivité précédemment citées. Prenons un exemple : je souhaite rédiger un article sur l’abondance et la passivité pour mon blog. Mon intention est d’offrir à mes lecteurs un contenu de qualité. Mais je souffre du syndrome de la page blanche. J’ai un problème : je ne sais pas comment commencer mon article. Au lieu de m’attaquer à la rédaction de cet article, je décide d’aller sur Internet à la recherche d’informations qui pourraient m’aider à le rédiger. Je tombe sur le blog d’un collègue qui présente quelques articles intéressants. Je me lance dans la lecture de ces articles et clique sur les liens qui me renvoient vers d’autres sites, puis vers d’autres encore et ainsi de suite. A la fin de la journée je n’ai pas écrit la moindre ligne, et j’ai oublié les trois quarts des informations récoltées sur Internet. Je viens de passer une après-midi dans l’agitation. Je rentre alors chez moi déçu de n’avoir rien écrit et je passe la soirée vautré dans mon canapé à ne rien faire. Mon épouse qui remarque mon malaise me questionne. Je lui parle de ma déception de n’avoir rien écrit et elle me propose plusieurs idées que je trouve intéressantes. Le lendemain je me mets à ma table de travail et rédige quelque chose en partant des idées que mon épouse m’a proposées. Je suis dans la sur adaptation. À la fin de la matinée je n’ai toujours pas mon article. C’est alors que je bascule dans l’incapacitation. Dans cet exemple, j’ai montré comment la profusion d’informations peut être à la source d’un enchevêtrement de comportements passifs qui vont finalement renforcer mon manque d’estime de moi-même et achevé de renforcer ma croyance scénaristique : « je suis nul ». Est-ce à dire que la profusion d’informations est une mauvaise chose ? Bien sûr que non. Il est important pour un cherchant de disposer d’une bibliothèque riche afin de pouvoir effectuer ses recherches et proposer à ses lecteurs des écrits de qualité. Mais pour y parvenir, il est important que notre cherchant dispose d’un plan d’action réfléchi. Il est même souvent utile à un cherchant débutant de pouvoir s’appuyer sur les conseils de quelques guides avisés. En guise de conclusion je souhaite attirer votre attention sur le fait que la profusion peut être une bonne chose, sous réserve de savoir où aller chercher l’information, et d’être en capacité de distinguer l’information utile de celle qui ne l’est pas. Cette dernière capacité ne s’apprendra jamais sur Internet. Elle est le fruit de l’expérience, généralement acquise lors d’une phase d’apprentissage avec un mentor, un professeur, un guide, un coach, un thérapeute etc.

Pierre COCHETEUX, PTSTA champ clinique.