« Quant on veut, on peut », voilà le slogan que scandent, avec souvent beaucoup de candeur et de naïveté, de jeunes « Sauveurs », qui pensent ou veulent aider les autres en leur proposant des méthodes (payantes) de développement personnel, issues de leurs très faibles expériences de vie.

J’ai croisé, au cours de ma carrière professionnelle de thérapeute et d’analyste transactionnel, beaucoup de personnes qui avaient l’envie et la volonté de réaliser un projet, mais qui n’y arrivaient pas.

Tout se passait pour elles, comme si une partie d’elles-mêmes voulait  réussir, mais qu’une autre s’y opposait inconsciemment.

Cette dualité était le plus souvent source d’une grande souffrance pour ces personnes qui avaient réellement le désir de faire de grandes choses dans leur vie, mais qui se confrontaient, dans le réel à ce que Freud appelle la « pulsion de mort [1]».

Nous sommes des « être complexes ». Cette complexité est souvent déroutante, voire incompréhensible, ou inaccessible lorsque l’on ne dispose pas d’une maturité et d’une expérience suffisantes pour l’aborder.

Voici quelques éléments de réponse :

La théorie structurale de l’analyse transactionnelle tente d’expliquer comment une personne humaine s’est construite pour devenir l’adulte qu’elle est aujourd’hui. Berne dit que les enfants naissent « Princes et rois » et qu’ils sont des êtres de lumière. Cependant les creux, les bosses des routes que nous empruntons sur le chemin de la vie, finissent par nous abimer.

D’autre part, notre capacité à comprendre ou non les réactions des adultes qui nous aident à grandir, produisent dans notre scénario de vie[2]des injonctions[3] et des Drivers[4]qui agissent dans l’ombre de notre inconscient d’adulte et qui sont autant de freins à nos grands projets de vie.

Pour compliquer l’histoire, les drivers agissent sur notre psychologie comme des solutions illusoires aux injonctions qui nous gouvernent.

Ainsi par exemple : une personne ayant l’injonction : « Ne réussis pas » qui cohabite avec le Driver « fais des efforts » mettra beaucoup d’énergie pour mettre en œuvre son projet professionnel, mais dans des domaines ou des zones qui sont improductives pour aller vers la réalisation de son désir. Dans ce cas, le driver « fais des efforts » lui donne l’illusion que si elle travaille suffisamment dur, elle pourra enfin obtenir ce qu’elle souhaite.

De ce fait, cette personne se heurte régulièrement à l’échec et en souffre d’autant plus, qu’elle met énormément d’énergie pour avancer dans sa vie.

Venir avec un conseil du style : « quand on veut, on peut »… « Y a qu’à » faire ceci ou cela, est évidement très court dans ce type de situation, voire peut être entendu par la personne qui reçoit le conseil comme un manque d’écoute au mieux et un manque de respect dans le pire des cas.

Comment en sortir alors ?

Pour aider une personne qui se trouve dans ce type de situation plusieurs étapes sont nécessaires :

  • Il faut d’abord que cette personne ressente suffisamment d’inconfort ou de gêne dans sa vie pour accepter l’idée de solliciter l’aide d’un « Autre ».
  • Il faut ensuite créer entre cet « Autre » et elle, un climat de confiance suffisamment solide et sécure pour qu’elle puisse accepter de parler de sa vie et en particulier des aspects difficiles et compliqués de celle ci.
  • Il faut alors aider cette personne à prendre conscience du contenu du matériel scénarique. C’est à dire prendre le temps d’analyser avec elle les situations d’échec dans sa vie pour comprendre quels sont les injonctions et les drivers qui sont présents dans son scénario de vie. Cette étape peut être longue : de quelques semaines à plusieurs mois.
  • Puis vient l’étape des redécisions scénariques, c’est à dire le moment où la personne, aidée par son thérapeute, va revisiter son scénario pour en modifier certains aspects afin de se donner de nouvelles permissions : dans le cas présent la permission de « réussir sans être dans l’effort ». Cette étape cruciale peut également prendre du temps, car il ne suffit pas de « décider » de changer une croyance scénarique pour que cela soit effectif dans la vie de la personne concernée.

En conclusion :

Je dirai en conclusion que le travail d’accompagnement d’une personne en souffrance nécessite beaucoup d’humilité, de savoir faire et de connaissances théoriques, mais surtout et avant tout autre chose, que l’accompagnateur fasse un travail d’acceptation de sa non connaissance de la solution pour l’autre.

En effet, le travail du guide est différent de celui du gourou qui donne des solutions là où le guide aide la personne à trouver elle-même les réponses à ses propres questions. Ce travail est le principal travail de tout accompagnant, guide, coach, thérapeute qui souhaite vraiment aider ses clients à aller mieux.

Pierre Cocheteux, l’expert de votre réussite.


1 La notion de pulsion est théorisée par Freud dès ses premiers écrits avec notamment la première topique, puis repris dans la seconde topique. Elle repose sur une vision dualiste : une pulsion (ou un groupe de pulsions) s’oppose à l’autre et ce conflit dynamique s’insère dans la métapsychologie. « Le concept de pulsion nous apparaît comme un concept limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant psychique des excitations issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme, comme mesure de l’exigence de travail qui est imposé au psychique en conséquence de sa liaison au corporel »

2 Le scénario de vie c’est l’ensemble des décisions précoces prises dans notre toute petite enfance et qui agissent inconsciemment dans notre vie d’adulte comme un plan de vie que nous suivront.

3 Il y en a treize : n’existe pas, ne sois pas toi-même, ne sois pas un enfant et ne grandis pas, son contraire, ne réussis pas et ne fais pas, ne sois pas important, n’appartiens pas ( à notre famille), ne sois pas proche, ne sois pas en bonne santé, ne pense pas, ne ressens pas et ne sache pas (les secrets de familles entre autre chose).

4 Il sont au nombre de cinq : sois parfait, fais plaisir, fais des efforts, sois fort et dépêche toi.