Interview de Vincent DELOURMEL

Pierre COCHETEUX : Bonsoir Vincent

Vincent DELOURMEL : Bonsoir Pierre

PC : Est ce que tu peux pour commencer, te présenter ?

VD : Je m’appelle Vincent DELOURMEL, je suis un artiste de la mémoire, on appelle cela un mnémoniste, donc je travaille sur l’art de la mémoire depuis 1995. Historiquement, je suis magicien et c’est par le biais de la magie, de l’illusionnisme que je me suis intéressé à l’art de la mémoire et notamment au phénomène des mémoires prodigieuses. Ce qui m’intéressait au départ, c’était d’étonner mon public, et c’est comme cela que j’ai découvert des processus mnémotechniques. De fils en aiguille, la mémoire m’a tellement bluffé, passionné, que j’ai poussé un peu plus loin. Voilà, aujourd’hui je ne suis plus vraiment magicien, je suis plutôt un mnémoniste qui intervient en conférence, en formation et qui utilise les tours de magie pour expliquer ce qu’est la mémoire.

PC : Alors, justement qu’est ce que la mémoire ?

VD : La mémoire c’est cette faculté qui …. Elle a deux fonctions cette mémoire :

1 – C’est cette faculté qui permet de vivre l’instant présent, sans y penser, le fait que l’on discute, là maintenant comme cela ou le fait de vaquer à nos occupations sans y penser. On fait appel à notre mémoire implicite. Avec tout ce que l’on a pu apprendre par cœur dans notre quotidien…

2 – Et c’est aussi une faculté qui permet de progresser toute sa vie. Donc on peut la remplir, on peut la nourrir, pour développer de nouvelles compétences, de nouvelles connaissances, …

Voilà les deux fonctions principales de la mémoire.

PC : Il y a beaucoup de personnes qui sont inquiétes à propos de leur mémoire, qu’en penses tu ?

VD : Ce sont ce que l’on appelle des plaintes mnésiques. C’est très fréquent, cela survient principalement à partir de l’âge de 30/35 ans, cela coïncide avec la fin des études. Il faut savoir que lorsque l’on est étudiant, quand on est scolarisé, on fait marcher sa mémoire à tous les niveaux. On est obligé d’apprendre de l’anglais, de l’histoire géo, des maths, des sciences naturelles, de la physique, des choses qui ne nous intéressent pas toujours, mais qui nous obligent à faire marcher notre mémoire à tous les niveaux. Quand on sort du système scolaire, on se spécialise, on devient plutôt bon dans ce que l’on fait, mais le problème est que l’on perd l’habitude de solliciter notre mémoire dans d’autres registres. Du coup, on a un problème au niveau du vocabulaire, de la sémantique, on a un mode de fonctionnement très spécialisé. Cela marche bien, si l’on fait des formations complémentaires dans des domaines spécialisés, cela marche bien, mais dès lors qu’il s’agit de faire autre chose, par exemple mémoriser des prénoms, faire de l’anglais c’est plus compliqué.

PC : Quels conseils peux tu donner à ces personnes ?

VD : Le meilleur conseil que je peux donner, et qui résoudrait beaucoup de problème (et qui empêcherait les gens de venir à mes formations) ce serait de reprendre une journée d’école par semaine. En gros, si chaque semaine on obligeait les gens à retourner à l’école, à refaire des sciences naturelles, de l’histoire géo, à échanger entre nous, etc, certainement que la mémoire se porterait mieux. Alors, cela on ne peut pas forcément le faire, par contre on peut tous rester curieux toute sa vie, varier les centres d’intérêts, sortir, échanger … Surtout il ne faut pas rester isolé, il faut tout le temps s’amuser à apprendre.

PC : Une constante que l’on retrouve dans beaucoup de sciences sociales c’est la nécessité de rester en lien les uns avec les autres. Cela est vrai aussi pour la mémoire donc.

VD : Oui parce que, à travers le lien social, que fait on ? On échange, on reformule ce que l’on a pu lire dans le journal et bien on va le ressortir (partager), cela va l’encrer un peu plus dans la mémoire. Finalement, c’est quoi la mémoire ? C’est relier l’inconnu à ce que l’on connaît. Si on reste tout seul, les informations que l’on va lire, acquérir par la télévison ou la lecture, on va les conserver pour soi, ne plus jamais s’en servir et du coup elles vont naturellement s’oublier.

PC : Un autre constat c’est que les personnes en difficultés surchargent leur l’emploi du temps et leurs capacités cognitives jusqu’au moment où elles explosent et ou plus rien ne rentre. Qu’en penses tu ?

VD : C’est le mal du siècle. Je suis souvent consulté pour cela. Quand on me demande d’intervenir pour des groupes qui ont des tas d’informations à retenir dans un temps très bref, moi je leur dis : « ben écoutez, moi je ne peux rien pour vous, ce que je peux vous donner comme conseil c’est de déléguer les informations, les alléger, parce que votre capacité à mémoriser des quantités d’informations sur un temps très court est limité». On peut apprendre toute sa vie, mais sur un temps très court, on est limité. Donc la vraie réponse c’est au contraire d’alléger l’information, de prendre soin de soi, et d’être capable de déléguer. Je pense que l’art de la mémoire, c’est justement d’être capable de déléguer, de savoir quoi mémoriser, comment le faire, savoir ne pas mémoriser, c’est aussi important. Donc contre le burn out, il faut avant tout prendre soin de soi.

PC : Accepter aussi de ne pas vouloir tout retenir et d’oublier certaines choses…

VD : Complétement et on a des outils pour cela. Il y a des gens qui veulent absolument tout retenir : les numéros de téléphone par exemple, il y a des solutions pour cela (que j’utilise parfois, dans des contextes précis) ceci étant, on n’est plus à l’âge de pierre, on a des outils comme les téléphones portables ce genre de choses, il ne faut pas avoir peur de s’en servir. Il faut juste savoir ne pas s’en servir (les moyens mnémotechniques) quand cela n’est pas utile. C’est toujours une question d’équilibre en fait.

Propos recueillis par Pierre COCHETEUX, pour le blog Pierre COCHETEUX. Tous droits réservés. @Copyright PCO-2013.

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