Un ancien proverbe français dit que : «la colère est aveugle », d’autres pensent que «la colère est une maladie de l’âme … qui s’enracine dans l’impatience et l’orgueil… », …

Pour la plupart des personnes que j’ai rencontrées, la colère est perçue, soit comme une perte de contrôle de soi-même, soit comme annonciatrice de comportements violents physiquement ou psychologiquement.

Il n’est, dans ce contexte, pas surprenant de constater à quel point le sentiment de colère s’est fait, au cours des siècles, une réputation des plus sulfureuse. Il suffit de se rappeler que la colère figure dans la liste des sept péchés capitaux pour comprendre à quel point, cette dernière fait l’objet d’un désamour et de craintes importantes depuis des siècles.

Mais qu’est-ce que la colère ?

Selon Wikipédia : « la colère est considérée comme une émotion secondaire à une blessure, un manque, une frustration. Elle est affirmation de sa personne et sert au maintien de son intégrité physique et psychique ou alors elle est l’affirmation d’une volonté personnelle plus ou moins altruiste. »

Pour les analystes transactionnels, la colère est, dans sa manifestation première, une information fournie par le corps, qui indique que quelque chose ou que quelqu’un autour de nous, nous a agressé, blessé, maltraité, contrarié, offensé… Pour faire court, la colère est une information qui nous informe que quelque chose autour de nous ne nous convient pas.

La fonction de la colère est donc de nous aider à repérer en quoi le monde, ici et maintenant, n’est pas assez bon pour nous, pas assez accueillant, pas assez aimant. Elle est également de nous inciter à mettre en œuvre les actions nécessaires pour influencer le monde qui nous entoure, afin de le rendre meilleur, plus aimant, plus adéquat…

Vu sous cet angle, la colère a pour fonction :

  • D’être un signal qui nous informe, d’un mécontentement, d’une frustration, d’un désaccord,…
  • De nous permettre une prise de conscience de ce qui ne nous convient pas,
  • De nous aider à réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour obtenir ce que nous voulons,
  • De nous inciter à agir afin d’obtenir ce que nous désirons.

Mais alors, quel est le danger de se trouver en face de quelqu’un qui ressent la colère ?

Ma pratique professionnelle, comme praticien de la thérapie depuis plusieurs années, m’a permis d’observer que le danger, vient dans la grande majorité des cas, lorsque la personne avale sa colère, l’étouffe, la refoule, et use de stratagèmes pour éviter de la ressentir.

L’analyse transactionnelle nous apprend, qu’une émotion non entendue ou non prise en compte, va très certainement resurgir sous la forme d’un jeu psychologique, d’un sentiment parasite, ou d’invalidation contre soi-même ou les autres. C’est donc, lorsque le sentiment de colère n’est pas pris en compte par la personne, que celui-ci s’enkyste, prend petit à petit de l’ampleur, et finit par se transformer en quelque chose d’incontrôlable. C’est alors que la personne devient « enragée », et qu’elle bascule dans la violence  envers elle-même ou envers les autres.

Dès lors, il me semble que tourner le dos à la colère est le meilleur moyen de confirmer nos craintes inconscientes selon lesquelles le sentiment de colère est à l’origine d’agression, d’attaque, de violence,… et que vient la confirmation scénaristique : « la colère est mauvaise conseillère ».

Il est évident qu’une colère incontrôlée, non écoutée, peut conduire à la haine et à toutes sortes de débordements, y compris à la violence physique ou psychologique. Il est important de rappeler ici, que la première règle lorsque l’on veut être à l’écoute de sa propre colère, consiste justement à s’interdire cette violence.

Que faire, alors, pour utiliser correctement sa colère ?

Il y a me semble-t-il, dans toute colère, une double dimension : en premier lieu, il y a l’énergie de l’émotion et en second lieu, il y a le problème à résoudre.

La première chose à faire, lorsque l’on veut correctement utiliser sa colère, est d’apprendre à accueillir et à reconnaître le sentiment de colère. Comment en effet, utiliser correctement son émotion lorsque l’on cherche à s’en éloigner ? Mon expérience professionnelle, m’incite à penser qu’il est important ici de prendre le temps d’exprimer sa colère par des mots. Par exemple : « je suis fâché contre toi par ce que,… ».

Une fois le sentiment accepté et reconnu, il conviendra de l’utiliser pour s’interroger sur le problème à résoudre. Il peut s’avérer utile ici, de prendre le temps d’expliquer à ses partenaires, notre compréhension du problème, pour aboutir à une demande clairement exprimée. Par exemple : « je ne me sens pas reconnu par toi. J’aimerais que tu me présentes des excuses.  Es-tu d’accord de me les offrir ?».

Malheureusement, il ne suffit souvent pas d’exprimer une demande, pour obtenir satisfaction. Dans bien des cas, il n’est tout simplement pas possible d’obtenir ce que l’on veut. Il est alors nécessaire d’entrer dans un processus de deuil et de renoncements. (Ceci fera l’objet d’un prochain post).

Dans la plupart des cas, une négociation avec l’autre est nécessaire afin d’aboutir à un accord. Cette négociation fait partie intégrante du processus à mettre en œuvre pour utiliser correctement notre colère.

Enfin, lorsque ces étapes ont été menées avec succès, il est possible de renouer le lien avec l’autre, et d’envisager la suite de la route ensemble.

En résumé, pour utiliser correctement sa colère, il est nécessaire :

  • de reconnaître et de nommer l’émotion,
  • d’informer l’autre de ce qui ne nous convient pas,
  • de faire une demande, clairement exprimée, afin d’obtenir satisfaction,
  • de négocier afin d’obtenir ce que l’on veut, ou d’entrer dans un processus de deuil lorsque ceci est impossible,
  • de renouer le lien, pour poursuivre la route avec l’autre

J’espère que ce court article vous montrera comment la colère ne devient mauvaise conseillère que lorsque celle-ci est étouffée, ravalée, refoulée. Mon but est de vous offrir une méthode simple, afin de vous permettre d’être mieux à l’écoute de cette émotion, et de savoir qu’en faire.