Nous vivons dans une société où tout va vite. Dans un monde qui est en perpétuelle fuite vers l’avant. Dans ce monde, il nous faut de plus en plus vite, la dernière tablette numérique qui vient de sortir des usines, appareils photo le plus performant, le Smartphone dernier cri… Au risque de paraître aux yeux des autres pour un attardé, un rétro…

J’ai accompagné un homme il y a quelques années, qui était en dépression permanente, essentiellement à cause du fait que son immense fortune personnelle lui permettait de s’offrir instantanément le moindre de ses caprices. Cet homme qui avait au demeurant tout pour être heureux vivait un enfer quotidien. Et cet enfer était entretenu par cette sorte de fuite en avant qui ne laisse aucune place au désir.

Les anciens nous ont pourtant appris que la patience est une vertu et que l’impatience est cause de bien des troubles et des tracas. Mais qu’est-ce que la patience ? Et comment la pratiquer dans notre monde d’aujourd’hui ?

Dans leurs assertions courantes, les définitions de l’impatience expliquent qu’il s’agit de : « d’un manque de patience » ou « l’incapacité d’une personne d’attendre ou de supporter quelqu’un ou quelque chose ». Cette définition s’oppose à la patience qui serait ici présentée comme « la qualité de celui ou celle qui sait attendre calmement, qui supporte les choses avec sang-froid, sérénité ». Ces définitions tendent à présenter l’impatience comme un défaut, une incapacité, qu’il conviendrait de travailler ou de changer par opposition à la patience présentée comme une vertu il faudrait acquérir.

Le dictionnaire Larousse présente lui une version différente : l’impatience serait « le trait de caractère d’une personne qui ne peut s’empêcher d’agir ». Il parle de l’impatience de la jeunesse notamment.

L’impatience est-elle alors synonyme d’impulsivité ? Je pense qu’il faut distinguer impatience et impulsivité. L’impulsivité est une sorte « d’impatience chronique de celui ou celle qui fuit le présent, pas parce qu’il a mieux à faire, mais parce que l’émotion qu’il vit actuellement est inconfortable et qu’il cherche à s’en débarrasser ».

Il existe un troisième sens que mon impatience : « l’attitude d’une personne qui est pressée, désireuse ». Cette définition, nettement plus positive que les précédentes, présente une personnalité désireuse d’avancer, de progresser, de connaître, de comprendre, de grandir en humanité…

Des chercheurs en psychologie ont récemment démontré que l’impatience est également une émotion qui indique a la personne qui la ressent que ce qu’elle vit, ou ceux à quoi elle consacre son temps actuellement, a peu d’importance à ses yeux, n’est pas en accord avec ses valeurs…

Cette définition indique que la personne qui est impatiente s’enferme dans ce que l’analyse transactionnelle appelle une méconnaissance : lorsque je suis impatient, je consacre mon temps à une activité de seconde importance, et je méconnais ce qui est important, utile, nécessaire. L’impatience est ici la manifestation physique de cette méconnaissance. Le signal d’alerte qui me permet d’en prendre connaissance.

S’il semble difficile de se mettre d’accord sur une définition simple de l’impatience, il n’est pas beaucoup plus aisé de définir la patience.

Le dictionnaire Larousse propose également plusieurs définitions à ce terme de patience : « la patience serait une aptitude à ne pas s’énerver face aux difficultés, à supporter et assumer les défaillances et les erreurs ».

Nous trouvons également la patience présentée comme « la qualité de quelqu’un qui sait attendre avec calme » ce sont ici les qualités de persévérance et de tempérance des personnes patientes qui sont mises en avant.

Enfin, il s’agirait de la « persévérance, de la constance à faire quelque chose ou à poursuivre un dessin ». Ici, il s’agit clairement d’une invitation à la ténacité face à la diversité ou à la difficulté.

La patience, et donc une qualité qui permet à celui qui l’a acquise, de faire face aux imprévus de la vie avec calme et sérénité. Mais c’est également une vertu que la plupart d’entre nous mettons toute une vie à apprendre, même si elle s’élabore dans l’enfance. Il faut donc être patient pour apprendre la patience.

Nuançons un peu notre propos : personnellement je que la patience et l’impatience peuvent toutes les deux être saine ou malsaine.

L’impatience malsaine serait l’agitation. Cette agitation qui est pour les analystes transactionnels, une forme de passivité qui entraîne celui qui s’y adonne à être distrait de sa quête véritable. La personne qui se laisse entraîner dans l’agitation s’éloigne de son but authentique, de la réalisation de ses désirs ou de la satisfaction de ses besoins. C’est l’émotion qui fut le creuset de la dépression de mon client : cet homme qui a force de ne plus être capable d’attendre avait perdu tout désir.

Mais l’impatience peut aussi dans sa version saine être une sorte de force intérieure, qui pousse l’homme en avant, l’invite à rechercher, le pousse vers l’avenir, la progression, l’évolution… L’homme qui s’autorise à ressentir cette impatience, en évitant l’écueil de l’agitation et de la fuite en avant, ouvre un espace au désir.

Et pour que ce désir puisse grandir, il faudra faire place à la patience saine : « celles qui veulent pas permettre de prendre le temps de parcourir la route qui s’offre à lui, avec constance et persévérance, sans se décourager ». Cette forme de patience invite l’homme à prendre son temps, à mûrir sa réflexion et son désir, à envisager toutes sortes de solutions et d’options avant de faire un choix.

Lorsque nous faisons le choix de prendre le temps de mûrir notre désir, notre réflexion, notre besoin, nous permettons qu’advienne le bonheur le jour ou nous le satisferons.

Ainsi, j’ai envie de dire sous la forme d’une conclusion, que lorsque le balancier de l’horloge du temps oscille entre patience et impatience il crée au passage l’espace possible à la naissance du désir.

Pierre COCHETEUX, PTSTA Champ psychothérapie.