… Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux.

Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière et les ténèbres.
Dieu appela la lumière jour et les ténèbres nuit.
Il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Au premier jour, d’après la légende biblique, l’acte créateur divin est du à la puissance du verbe qui sépare et qui nomme dans un acte créateur. Je pense souvent aux premiers mots de la genèse lorsque je reçois mes clients en souffrance dans l’intimité de mon cabinet de consultation.

Ce qui est vrai pour la création du monde, l’est également pour l’acte créateur dans la vie des personnes que j’accompagne.

Je pense à cet homme, appelons le Julien, qui est arrivé dans mon cabinet dans un grand désarroi. Il souffrait depuis de longues années, en raison de la grande symbiose qui régnait dans sa famille d’origine : Julien recevait chaque soir de longs coups de fil de sa mère, qui lui faisait part de ses déceptions amoureuses et de ses problèmes de couple.

Ces appels répétés et intrusifs dans sa vie mettaient son propre couple en difficultés. La compagne de Julien avait de plus en plus de mal à supporter ses conversations avec sa mère, surtout lorsque celles-ci avaient lieu pendant un diner au restaurant ou lors d’une soirée romantique. Elle avait fini par lui mettre un ultimatum : ou il se soignait et trouvait une solution à son problème, ou elle le quitterait. C’est ainsi qu’il est arrivé dans mon cabinet.

Acte premier : Nommer les choses

Le travail le plus délicat que j’eus à faire auprès de cet homme fut de l’aider à nommer ses problèmes pour ensuite l’aider à sortir de la relation fusionnelle qui le maintenait prisonnier de sa relation avec sa mère et qui l’empêchait de s’épanouir dans sa relation de couple.

Longuement et patiemment, j’ai invité Julien à m’expliquer sa relation avec sa mère. J’ai écouté la compassion de cet homme vis-à-vis de cette mère qui avait des relations dissolues et tumultueuses avec de nombreux hommes. Je lui ai permis de dire sa peur de petit garçon, terrorisé à l’idée que cette femme finisse par mettre un terme prématurément à ses jours, le laissant ainsi seul, livré à lui-même, abandonné en quelques sorte.

En me parlant de son histoire, Julien prenait petit à petit conscience de ses peurs, de ses angoisses, de ses colères vis-à-vis de sa mère. En nommant les choses, il parvenait, par moment, à ne plus ressentir ces angoisses avec autant de force et de vigueur. Elles étaient moins intenses au fur et à mesure que Julien les nommait et racontait son histoire.

Acte deux : séparer le bon grain de l’ivraie

Lorsque Julien eut réussi à nommer avec des mots choisis sa peur du suicide maternel, sa crainte d’être abandonné, sa peur de la relation d’intimité avec les femmes qu’il assimilait toutes à la figure maternelle, nous pûmes entreprendre une seconde phase du travail thérapeutique : celle de la séparation.

Dans cette seconde phase de la thérapie, j’aidai Julien à faire la différence entre sa souffrance (la peur de l’abandon) et celle de sa mère (l’incapacité à entretenir une relation durable avec un autre).

Lorsqu’il eut démêlé et dissocié les différentes souffrances, il pût enfin se concentrer sur son problème (sa peur) et prendre de la distance vis-à-vis de sa mère. A ce stade, il lui devint plus facile de ne plus répondre aux différentes sollicitations de sa mère ou de mettre des limites à ses appels. Il arriva même jusqu’à lui demander de ne plus lui confier ses problèmes de cœur, lui faisant comprendre qu’il n’avait pas à s’en mêler.

Conclusion

L’acte libérateur ou créateur passe par deux étapes importantes : nommer les choses et les séparer. Pour créer l’univers, Dieu sépare les eaux d’en haut de celles d’en bas, il nomme les eaux d’en haut ciel et celles d’en bas mer.

Pour permettre la libération des aliénations intérieures, le thérapeute doit aider à nommer les souffrances intérieures et favoriser la sortie de la symbiose en séparant ce qui est imbriqué et confus.

N’hésitez pas à me laisser vos commentaires ci-dessous :