Comment je suis sorti de « prison »

J’aimerais profiter de l’opportunité qui m’est offerte par Jérôme du blog Changer de vie par l’action, à l’occasion du 58e édition du festival « À la croisée des blogs1 » sous l’impulsion de développement personnel.org et pour partager avec vous la façon dont j’ai appris à reconnaître mes limites.

Comme vous le savez, je suis analyste transactionnel et j’accompagne depuis plus de 20 ans des personnes qui sont en souffrance psychologique.

Le métier que j’exerce nécessite d’être au clair avec ses limites et même d’un point de vue déontologique, d’être capable de refuser d’accepter des contrats en dehors de notre champ de compétence.

L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui est à l’origine de ma vocation de thérapeute. J’avais alors une vingtaine d’années et j’étais étudiant à l’université de Strasbourg. J’étais aussi à l’époque visiteur bénévole de prison et je me rendais donc chaque semaine au parloir de la maison d’arrêt de Strasbourg, pour m’y entretenir pendant une heure ou deux avec quelques personnes incarcérées qui m’avaient été attribuées par l’assistance sociale de l’établissement.

Un jour lors d’une de ces visites, un détenu me confia une expérience qui l’avait beaucoup marqué et dont il n’arrivait pas à accepter le sens. Cette expérience était pour le moins banale et courante dans le cadre d’une telle visite, sauf que ces jours là, ce dont me parlait ce détenu, ressemblait à s’y méprendre à mon histoire et que cela réveilla en moi une souffrance que j’avais pris bien soin d’enfouir au plus profond de mon inconscient afin de la rendre supportable.

J’étais alors dans une situation impossible. Je devais être présent et disponible pour cet homme, afin de ne pas aggraver son scénario et en même temps, j’étais littéralement incapable d’entendre cette souffrance car elle m’entrainait dans les méandres les plus sombres de ma propre histoire.

Comment m’en suis-je sorti ?

Je suis sorti de prison ce jour là, au sens propre comme au sens figuré, car j’ai appris qu’il est vital, surtout lorsque l’on accompagne les autres, de connaître ses limites.

Je m’en suis sorti en prenant plusieurs décisions qui ont bouleversé ma vie et qui ont fait de moi le professionnel de l’accompagnement que je suis aujourd’hui :

  • J’ai décidé de suivre une thérapie pour traiter ma propre souffrance, afin de toujours être en capacité de différencier ce qui m’appartient de ce qui appartient à l’histoire de l’Autre.
  • J’ai décidé de proposer à ce détenu de voir un autre visiteur de prison en prenant la peine de lui expliquer que j’avais vécu une situation similaire à la sienne et qu’il était préférable qu’il soit suivi par quelqu’un de plus neutre.
  • J’ai surtout décidé de me former à l’écoute et à l’accompagnement. C’est ainsi que je suis des années plus tard devenu Analyste Transactionnel certifié.

Je suis devenu plus fort à la suite de cette expérience et il est amusant aujourd’hui de constater que je dois d’être devenu thérapeute à un homme qui était un criminel. Cette expérience m’a aussi appris à modérer mes jugements à propos des autres et à être plus tolérant. Mais ce qui est le plus important pour moi, c’est que j’ai appris ce jour là que ce qui fait notre puissance, ce sont surtout nos faiblesses.

Racontez moi dans les commentaires ci-dessous le jour où vous êtes allés trop loin :


1 À la croisée des blogs, c’est quoi ? C’est un événement organisé par la communauté des rédacteurs de blogs de développement personnel. Chaque mois le thème est différent et tout le monde est invité à y participer en rédigeant un article sur le sujet.